La Traversée du Philosore

« Ici au fond des bois, le temps se fige. Marcher, manger, dormir. Rien de plus, rien de moins. »


Dans le taxi, Françoise a cette réflexion philosophique: « Si je comprends bien, on va porter l’auto à la sortie du sentier, on revient en taxi au point de départ et après, on va marcher pendant trois jours pour récupérer l’auto. C’est ça ? »


C’est vrai que sous cet angle, ça peut sembler paradoxal. Le Philosore est un sentier pédestre linéaire sans retour au point de départ. Il est situé dans la Zec Batiscan-Neilson au nord-ouest de Saint-Raymond-de-Portneuf au Québec et il est géré par la Coop de solidarité Vallée Bras-du-Nord.


Nous avons entrepris notre traversée le 5 janvier 2022. Françoise et moi sommes accompagnés de notre bon ami Sylvain qui renoue avec cette activité qu’il a trop longtemps délaissée. Il est fébrile à l’idée de partir à l’aventure au fond des bois pendant trois jours et de parcourir 30 kilomètres, raquettes aux pieds. Nous ferons deux escales en cours de route, dans des refuges pour y passer la nuit.


Le taxi nous attend à 9:00. Il nous escortera jusqu’au stationnement de l’accueil Perthuis de la Zec situé à l’extrémité ouest du sentier où nous laisserons la voiture. De là, il nous ramènera à notre point de départ à l’accueil Mauvaise. Nous en aurons pour une heure à navetter. Enfin, si toutefois le taxi réussit à gravir la côte.


« La route est pas mal ces jours-ci, ça devrait bien aller. Sinon, vous aurez un petit trois kilomètres de plus à marcher pour vous rendre au point de départ» nous confie le chauffeur.



Au départ de l'Accueil Mauvaise, nous optons pour le parcours estival, plus long que l’hivernal, mais qui évite de marcher dans un sentier de motoneige.

De droite à gauche: Françoise, Sylvain et Robert au départ de l'aventure, à l'accueil Mauvaise

À l'accueil, avant de partir, on nous recommande les crampons puisque le sentier a été damé par les randonneurs des derniers jours. Qu'à cela ne tienne, nous prenons quand même nos raquettes et les attachons à nos sacs à dos. On ne sait jamais, les conditions changent rapidement en forêt. Après deux kilomètres de marche, nous quittons le sentier de motoneige et nous nous engouffrons dans la forêt. Le sentier est étroit et le fond est mou. De profonds trous laissés par les marcheurs précédents rendent la démarche hasardeuse. Nous chaussons donc nos raquettes pour ne pas risquer de se blesser. Elles ne nous quitteront pas du reste de l'excursion.


Le sentier du Philosore serpente dans une forêt dense et paisible, loin des bruits de la civilisation. Ici, pas de sommet à couper le souffle, pas de points de vue majestueux. On s’engouffre dans la forêt et les arbres nous encerclent. Il ne faut pas plus de quelques kilomètres pour déconnecter ou plutôt se connecter à son environnement et plus important encore se connecter à soi-même. Nos pas et notre respiration se synchronisent. On n’entend que le craquement de la neige sous nos raquettes. Un pic par ici, une mésange par là. En s’arrêtant pour une pause, on se fait signe et on laisse le silence nous envahir. Le temps est doux et la neige récemment tombée étouffe le bruit du vent dans les arbres.


Une forêt dense, calme et sereine

Vue sur le Premier lac Philosore, en chemin vers le refuge du même nom.

Pendant trois jours, nous marcherons sans croiser âme qui vive. C’est la beauté de ce parcours linéaire. On marche tous dans la même direction et, en ces temps pandémiques, les refuges sont loués en exclusivité. Il n’y a que nous trois qui marchons: personne devant, personne derrière.


Pendant trois jours nous vivrons loin des nouvelles du monde et de la triste réalité de ce virus qui nous empoisonne la vie depuis deux ans. Ici, pas de réseau cellulaire, pas de wifi ni d’internet. Toute notre attention se porte sur la nature qui nous entoure. Et cela nous fait grand bien.


Ici au fond des bois, le temps se fige. Marcher, manger, dormir. Rien de plus, rien de moins.



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Le sentier est bien balisé, des bornes kilométriques nous indiquent la distance restante et les balises rouge et blanc typiques du Sentier National au Québec sont judicieusement disposées le long du parcours. Il n’y a qu’un sentier, pas d’intersections pour nous confondre. Les défis ne manquent pas. Le sentier est rustique, les obstacles sont fréquents, quelques ruisseaux à franchir. La première journée n’est pas la plus longue mais c’est la plus intense. Le parcours estival comporte de bonnes ascensions qui nous rappellent le poids de notre chargement. Le deuxième journée est la plus longue et la plus technique. Il a neigé durant la nuit et nos raquettes s’enfoncent encore un peu plus dans la ouate. Les descentes en pente raide sont fréquentes. Ici, au plus profond de la forêt, ce n’est pas le moment de prendre une blessure. La prudence est de mise. Le dernier jour est le moins exigeant et on ne s’en plaint pas.


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Le couvert de neige cache un ruisseau encore bien coulant ! Alerte aux trous d'eau.


Passages techniques, attentions aux faux pas.


Les deux refuges, l’Orignal et le Philosore, sont spacieux. Ils peuvent accueillir jusqu’à huit randonneurs. Les poêles à bois sont efficaces et le mobilier est confortable (il y a même des sofas). On admire le paysage à travers une porte patio, imaginez, le grand luxe ! Pendant que la neige fond dans la marmite sur le poêle, nous dégustons nos nouilles ramen en se remémorant les bons souvenirs du jour. Sylvain se sent comme un gamin qui déballe ses cadeaux au pied de l’arbre de Noël. Ses muscles, eux, n’éprouvent pas le même enthousiasme. Les nuits seront réparatrices à n’en point douter.


Moment de repos au refuge l'Orignal

Nous avions préparé de bons repas avant de partir. Des mets concoctés maison puis déshydratés pour alléger leur poids. Un couscous, affectueusement baptisé Couscous du randonneur pour le premier soir et un dahl accompagné de naans maison pour le deuxième. Pour se sucrer le bec, des carrés aux dattes et du chocolat noir. De quoi régaler les épicuriens des bois que nous sommes. Nos matins se composaient de gruau tandis que nos vivres de course nous soutenaient durant la journée. La vie dans les bois est simple mais elle n’est certes pas plate.


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La beauté et le calme des lieux nous avaient habités les deux premiers jours. Un nuage sombre vint alors perturber cet état de grâce le troisième jour. Sur environ deux kilomètres, des coupes forestières de part et d’autre du sentier, ne laissent qu’une mince bande d'arbres intacte. Quelle tristesse de voir disparaître cette forêt qui nous a pourtant envoutés les jours précédents. Nous sentons le sentier menacé par cette activité industrielle. Soit, la Zec contrôle les activités d’exploitation forestière, mais quel poids les activités de plein air a-t-il devant ces mastodontes ? À la Vallée Bras-du-Nord, on nous rassure. Ils surveillent les travaux et ils font tout ce qu’il peuvent pour préserver la pérennité de ce bijou de sentier. On espère bien qu’il survivra. La solution passerait-elle par une plus grande utilisation des infrastructures de plein air par les randonneurs, skieurs et cyclistes ? En tous cas, nous le souhaitons ardemment.


Coupes forestières aux abords du sentier entre le refuge Le Philosore et l'accueil Perthuis.


Au final, nous avons bien cherché mais nous n'avons pas trouvé de paradoxe dans cette superbe excursion. C'était bien à pied qu'il fallait la faire ! Le retour à la réalité approche, il ne sera pas facile.


Tout sourire au terme de notre excursion sur le sentier du Philosore, à l'Accueil Perthuis.

Repères


Coopérative de solidarité Vallée Bras-du-Nord


Carte du parcours


Détail des parcours journaliers

  • Jour 1, 5 janvier 2022 (en bleu): 9,5 km, D+ 473 m, D- 349 m, temps écoulé 4h 50 min.

  • Jour 2, 6 janvier 2022 (en rouge): 12 km, D+ 516 m, D- 544 m, temps écoulé 5h 40 min.

  • Jour 3, 7 janvier 2022 (en vert): 8,8 km, D+ 236 m, D- 403 m, temps écoulé 3h 25 min.


En bleu: refuge l'Orignal, en rouge: refuge Le Philosore.

Produit et réalisé par Derrière l'horizon pour Destinations Plein Air

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